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En attendant le train du retour,




En attendant le train du retour,



J'ai longtemps voulu que quelqu'un m'attende quelque part. J'ai longtemps voulu être ce que je suis sans connaître aucunes gènes, j'ai longtemps voulu pouvoir parler à quelqu'un sans me cacher derrière un masque ridicule qui ne me va jamais. Masqué je ne voyais pas cette lumière, cette lumière qui transperce tout sur son passage, cette lumière absolue tellement belle que je ne peux rien expliquer d'elle. Je vais essayer, et vous essayerez de ne pas me prendre pour un fou né de la guerre. C'est un bon marché, un deal, un pacte que nous allons faire entre vous et moi, entre elle et moi. Au front je ne sais plus où donner de la tête, les hommes ont peur des balles, des bombes des mines, de ne plus avoir de soupe et de perdre un membre ou leur vie au combat, un combat qui concerne tout le monde et personne à la fois. Un combat, un fiasco total appuyé par les gouvernements, le droit de faire n'importe quoi de n'importe qui, avec n'importe quelle vie. Je n'aurais jamais du partir si loin, dans le froid la boue et les cendres de compagnons que l'on brule avec hâte pour éviter les épidémies de fièvre des tranchées comme ils s'amusent à l'appeler. Ils l'appellent comme on appelle un chien, à tout va. Je suis révolté de ce qu'ils font, même si je ne porte plus de masque je n'ai pas peur des gaz moutardes et autres, je sais maintenant que je ne mourrais pas de ça, comme les autres hommes. Je suis déjà mort. Mort, et d'aucune arme conventionnelle. Je ne ferrais pas parti des statistiques militaire, je ne rentre dans aucunes de leurs catégories. Aucune catégorie n'acceptera ma démesure, ma folle mort. Je suis un mort en suris qui répand la mort, un drôle de zozo. Même si je déteste ce que je fais, je suis bon dans ce que je fais. Recharger, viser, tirer et libérer le corps d'une âme ça je sais le faire mieux que quiconque. Libérer ce corps, seul instant de jouissance ici. Vous voyez maintenant à quoi j'en suis réduit, pardon, vous n'en avez aucune idée.
Notre caporal nous fait signe que nous allons sortir du boyau, nous allons charger des ombres, des sacs de sable et des caisses de munitions, nous allons sortir de la trancher et montrer à l'ennemi que nous n'avons pas peur, pas peur de tacher la neige de notre sang chaud. Chaque homme donnera tout ce qu'il a, avant de finir éviscéré par une salve de SPM et achevé par la dame blanche qui ne nous quitte plus depuis septembre 1916. Le caporal siffle, nous sortons, le courage entre nos mains, prêt à en donner.
Un voile noir s'abat sur mes yeux pleins de flamme, je saigne de l'intérieur. Une lame, belle comme vous n'avez jamais vu vient de me transpercer le c½ur, j'en suis content. Ce n'est pas n'importe quelle lame, une lame faite de chair et d'os. Une lame faite d'amour, de franchise, d'humour et de légerté. La plus belle lame qui n'a jamais été forgée vient de commencer ça vie en terminant la mienne. C'est beau, c'est triste, on en ferrait un livre.
Nous avançons avec les quelques camarades qui ont survécus au baptême du feu et nous prenons place dans la tranchée puant les corps calcinés. Certains pleurent, certains tentent d'essuyer leur pantalon discrètement, d'autre vomissent. Nous avons gagné cette bataille, voilà tout l'effet que ça leur fait.
Maintenant je peux rentrer chez moi, elle m'entendra sur le quai emmitouflée dans le grand manteau gris que je lui ai offert pour l'hiver dernier. Elle m'attend, et c'est la plus belle chose qui puisse exister, cette sensation, ce que je suis devenu aujourd'hui et là où j'étais hier. Même si je suis déjà mort, je me suis promis de revenir pour l'embrasser une dernière fois.



« J'ai tellement tutoyé le bonheur que je pourrais mourir demain » KS.
En attendant le train du retour,

# Posté le vendredi 09 janvier 2009 19:55

Modifié le dimanche 11 janvier 2009 09:21

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